VAYIGACH 2025

 

« Ce sera lorsqu’il verra que le jeune homme n’est pas là, il mourra, et tes serviteurs auront fait descendre le grand âge de ton serviteur, notre père, de chagrin dans la tombe. » (Béréchit 44 ; 31)

En implorant la miséricorde de Yossef, Yéhouda a souligné que si Byniamin restait en Égypte comme esclave et ne revenait pas avec eux, leur père Yaakov souffrirait au point d’en mourir.

Pourquoi n’a-t-il parlé que de la douleur de leur père sans mentionner celle des dix fils de Byniamin par suite de la mort de leur père ?

Le Rabbi de Kotzk en déduit que l’amour d’un père pour chacun de ses douze enfants est plus grand que l’amour collectif de dix enfants pour leur père unique.

Rav Dessler écrit que les sentiments d’amour envers autrui naissent du don de soi. Comme tout parent peut en témoigner, élever un enfant représente l’occasion par excellence de se donner sans cesse pour aider quelqu’un qui ne peut subvenir à ses propres besoins. Les sentiments d’amour engendrés par un tel don sont incomparables.

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« Ce sera lorsqu’il verra que le jeune homme n’est pas là, il mourra, et tes serviteurs auront fait descendre le grand âge de ton serviteur, notre père, de chagrin dans la tombe. » (Béréchit 44 ; 31)

Yéhouda implore la clémence de Yossef, vice-roi d’Égypte. Binyamin a été accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis. Les agents de Yossef avaient dissimulé un gobelet d’argent dans la sacoche de Binyamin, le plus jeune des fils de Yaacov.

À présent que Yossef veut faire justice lui-même et réduire Binyamin en esclavage à vie, Yéhouda s’y oppose fermement.

Pourtant, son approche est singulière, car au lieu de clamer l’innocence de Binyamin, Yéhouda demande clémence pour son propre père Yaacov : « Car comment monterai-je vers mon père et le jeune homme ne serait pas avec moi, de peur que je ne voie le chagrin qui affligerait mon père. » (Béréchit 44 ; 34)

Pourquoi Yéhouda a-t-il plaidé la cause de Yaakov plutôt que celle de Binyamin ? Yossef aurait pu facilement lui répondre : « C’est toi le voleur. Ton père n’est pas mon problème. »

Il y a plus de vingt-cinq ans, un Rav américain s’est installé en Israël pour y fonder une Yeshiva.

Il développa une relation très étroite avec le Roch Yéchiva de la Yeshiva de Poniovitch, Rav Shach. Il discutait souvent avec lui des questions relatives au peuple d’Israël.

Un jour, Rav Shach fut troublé par une prise de position de ce dernier concernant une cause particulière. Estimant que ce Rav avait commis une erreur de jugement, il décida de lui rendre visite en personne pour en discuter.

Rav Shach entreprit le long voyage depuis Béné Brak jusqu’à l’appartement du Rav situé aux abords de Jérusalem. Il frappa à la porte et fut accueilli par la Rebbetzin avec surprise et le plus grand respect. Elle lui offrit du thé tandis qu’il s’asseyait avec le Rav dans la salle à manger du petit appartement.

Avec l’épouse en arrière-plan, Rav Shach entama la conversation en évoquant le monde dévasté du judaïsme lituanien. Ancien étudiant dans une Yéchiva en Lituanie, ce Rav connaissait bien l’Europe d’avant la Shoah. Sa femme, elle-même originaire de Lituanie, était intriguée par la façon dont Rav Shach et son mari passaient d’un sujet à l’autre.

La conversation aborda tous les points importants, sauf un. Rav Shach n’évoqua même pas le sujet initialement prévu de sa visite.

Après 45 minutes, Rav Shach s’excusa et quitta l’appartement. Le chauffeur et confident de Rav Shach demanda au Rosh Yeshiva comment s’était déroulée la rencontre et si on avait bien accueilli ses critiques.

Rav Shach expliqua : « J’étais là depuis près d’une heure, mais je n’ai même pas abordé le sujet. Voyez-vous, sa femme était à portée de voix. Comment aurais-je pu seulement songer à critiquer son mari devant elle ? J’ai donc décidé de ne pas en parler du tout. »

Chaque sentence implique bien plus de personnes que l’accusé.

Yéhouda essayait de faire prendre conscience à Yossef des conséquences de son jugement. Il n’allait pas seulement condamner un jeune homme à l’esclavage, mais aussi son père à mort.

Il supplia Yossef de ne pas se limiter à Binyamin dans sa décision. Il lui demanda de penser à l’impact que cette sentence aurait sur son père âgé.

Dans nos vies, nous jugeons constamment. Nous nous forgeons des opinions et nous agissons. Notre rôle, cependant, est d’élargir notre perspective. Seul le Tout-Puissant est le véritable Juge dont les sentences englobent à la fois le coupable et tous ceux qui se trouvent dans sa sphère d’influence.

Cependant, en tant que mortels, dans chaque conclusion que nous tirons, nous devons aussi nous rappeler que nos actions dépassent la personne visée.

Dans notre quête d’une justice véritable, nous devons également nous efforcer de rendre une justice globale.

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« Yossef dit à ses frères : Je suis Yossef, mon père est-il encore vivant ? » (Béréchit 45 ; 3)

Lorsque Yossef se dévoile à ses frères, il dit une phrase étonnante : « Je suis Yossef, mon père est-il encore vivant ? »

Cette question paraît étrange : les frères viennent de passer plusieurs chapitres à répéter que leur père est vivant ! Pourquoi Yossef pose-t-il à nouveau la question ?

Rav Simha Zissel (le Saba de Kelm) explique : Yossef ne demande pas une information. Il pose une question morale. Maintenant que vous savez qui je suis, êtes-vous capables de regarder mon père dans les yeux ?

Est-il encore « vivant » pour vous, c’est-à-dire : compte-t-il vraiment autant que vous le prétendez ?

Quand ils pensaient avoir affaire à un étranger, ils parlaient avec beaucoup de respect du « vieil homme » resté à Canaan. Mais maintenant que la vérité éclate, Yossef leur dit : « Était-ce sincère, ou juste un prétexte pour sauver votre vie ? »

Une critique silencieuse, mais très puissante.

Hazal disent que cette phrase fut comme un Moussar brûlant pour les frères, car si quelques mots d’un être humain peuvent tant nous secouer, que dire lorsque, à la fin de notre vie, quand Hachem nous demandera : « Je suis Hachem. Étiez-vous vraiment fidèles à ce que vous disiez croire ? »

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« Il congédia ses frères … il leur dit : Ne vous querellez pas en route. » (Béréchit 45 ; 24)

Une des explications de Rachi est que Yossef disait à ses frères de ne pas faire de grands pas.

Le Séfer Likouté Yéhouda cite le Imré Emet qui explique que Yossef savait que ses frères voudraient se dépêcher pour annoncer la nouvelle à Yaakov afin d’accomplir la mitsva de Kiboud Av (respect du père).

Il leur dit que même s’ils étaient pressés, ils ne devaient pas faire de grands pas, c’est-à-dire qu’ils ne devaient pas courir trop vite.

Il leur enseignait que certes il faut fournir des efforts pour réaliser sa part, mais qu’il ne fallait pas exagérer et essayer trop fort car tout est ordonné par Hachem et tout se passera comme Il le veut. Il leur disait qu’Hachem avait décidé exactement quand Yaakov apprendrait la nouvelle. Il ne l’apprendra pas une minute avant ou une minute après l’heure prédéterminée.

Par conséquent, il ne sert à rien de courir très vite car cela ne vous aidera pas à le rejoindre plus rapidement.

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« Elokim dit à Israël dans des visions nocturnes et dit : Yaakov, Yaakov … » (Béréchit 46 ; 2)

Rachi commente : Hachem en l’appelant deux fois par son nom, lui témoigne Son amour. Bien que Hachem ne soit jamais apparu de nuit à Avraham ni à Itsrak, Il apparaît, dans cette Paracha ainsi que dans celle de Vayétsé, à Yaakov dans une vision nocturne parce que celui-ci est sur le point de quitter la terre d’Israël pour un très long exil.

Le Méchekh Hohma explique que Hachem se révèle pour lui faire comprendre que même au cœur de la nuit, dans les ténèbres de l’exil, la présence divine ne l’abandonnera pas.

C’est également pour cette raison que Yaakov a institué la prière du soir, Arvit, montrant ainsi à ses enfants que dans l’exil ou la nuit, Celui qui s’est révélé à lui la nuit, les protégera dans l’exil et les ténèbres.

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« Pharaon dit à Yaacov : combien sont les jours des années de ta vie ? Yaacov dit à Pharaon : les jours des années de mes séjours sont de 130 ans, peu nombreux et malheureux étaient les jours des années de ma vie et ils n’ont pas atteint le nombre des jours des années de la vie de mes pères. » (Béréchit 47 ; 8-9)

En 1765, le Chaagat Aryé fut nommé Rav de Metz. À son arrivée, certains habitants furent surpris par son âge avancé et s’interrogèrent sur le choix du comité de sélection, qui avait opté pour un homme dont le mandat était éphémère plutôt que pour un rabbin plus jeune, plein de vitalité et promis à un bel avenir.

Conscient de ces inquiétudes, le Chaagat Aryé monta en chaire dès son premier chabbat pour prononcer son sermon inaugural. Citant la Parachat Vayigach, il demanda pourquoi Pharaon s’était tant intéressé à connaître l’âge de Yaakov dès leur première rencontre, une question irrespectueuse posée à un quasi- inconnu.

De plus, pourquoi Yaakov ne s’était-il pas contenté d’une simple réponse factuelle, qu’il avait 130 ans, au lieu d’ajouter, de façon superflue, qu’il avait mené une vie difficile et qu’il n’avait pas encore atteint l’âge de ses ancêtres ?

Rachi rapporte (Béréchit 47 ; 19) que lorsque Yaacov arriva en Égypte, le Nil fut béni et arrosa tout le pays, mettant ainsi fin à la famine cinq ans plus tôt que prévu.

Bien que ravi, le Pharaon ne put s’empêcher de remarquer l’âge avancé de Yaacov. Craignant que la mort de ce dernier et le retour de la famine ne soient qu’une question de temps, il s’enquit aussitôt de son âge.

Yaacov, comprenant le sous- entendu de la question, répondit au Pharaon qu’il était relativement jeune. À 130 ans, il était loin des 180 ans de son père, mais il paraissait plus âgé que son âge réel en raison des épreuves endurées tout au long de sa vie difficile et douloureuse.

Le Chaagat Aryé conclut son enseignement en soulignant qu’il avait lui aussi mené une vie rude, souffrant constamment d’une extrême pauvreté.

Bien qu’il paraisse beaucoup plus âgé que ses 70 ans, il assura à sa nouvelle communauté qu’il sera leur Rav pendant encore vingt ans, car il était encore jeune et plein de vigueur.

Sans surprise, il décéda en 1785 à l’âge de 90 ans.