« Mais les sage-femmes craignaient Hachem et elles ne firent pas comme le leur avait dit le roi d’Égypte, elles laissèrent vivre les garçons. » (Béréchit 1 ; 17)
Le Midrash Chémot Rabba demande : Que signifie « elles laissèrent vivre les garçons » ? Est-ce qu’une sage-femme donne la vie ?
Le Midrash explique qu’il s’agissait d’enfants qui auraient dû naître avec des handicaps, aveugles ou infirmes.
Yokhéved et Myriam (les sage-femmes) priaient : « Maître du monde, si cet enfant naît avec un défaut, on dira que c’est parce que nous avons obéi à Pharaon. Fais qu’il naisse en bonne santé » Et l’enfant naissait en parfaite santé.
Mais le Midrash va plus loin : que se passait-il si l’enfant mourait dans le ventre, si l’enfant était déjà mort ou si la mère était en danger ?
C’est pourquoi Yokhéved et Myriam se tenaient en prière : « Maître du monde, que les Israélites ne disent pas que nous avons tué l’enfant sur ordre de Pharaon ! »
Elle pleurait devant le Créateur, et Hachem ressuscitait l’enfant. C’est cela « elles laissèrent vivre les garçons ». Cela nous enseigne la puissance d’un cri qui monte vers le Hachem.
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« Pharaon ordonna à tout son peuple, en disant : Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve, et toute fille, laissez-la vivre ! » (Béréchit 1 ; 22)
Rav Yonathan Eibshitz (Ahavat Yonathan Parachat Vaéra) demande pourquoi Pharaon a ordonné spécifiquement de noyer les bébés mâles ? Pourquoi n’a-t-il pas simplement dit de les tuer à la naissance ?
Il répond en citant la Guémara Sanhédrin (67b) qui dit que Zeiri est allé un jour en Égypte et a acheté un âne. Cependant, au lieu d’un âne, on lui a donné une planche de bois qui avait été faite pour ressembler à un âne par magie et illusion.
Le soir, lorsqu’il a essayé de laver l’âne dans l’eau, il s’est transformé en morceau de bois car l’eau annule les effets de la magie.
Pharaon craignait que les juifs ne trompent ses officiers par la magie. Il pensait qu’ils pourraient prendre un objet et créer une illusion pour le faire ressembler à un bébé, tout en cachant le bébé réel. C’est pourquoi il a ordonné que les bébés soient jetés dans l’eau, où la magie n’a aucun effet, afin de s’assurer qu’il s’agissait bien de vrais bébés.
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« …le roi d’Égypte mourut, les enfants d’Israël gémirent à cause de l’esclavage, ils crièrent. Leur cri monta vers Hachem à cause de l’esclavage. Hachem entendit leur plainte, Il se souvint de Son alliance avec Avraham, Itsrak et Yaacov. Hachem vit les enfants d’Israël et Hachem sut. » (Béréchit 2 ; 23-25)
Le Ramban demande : Pourquoi toutes ces répétitions de termes ? « Hachem entendit », « Hachem se souvint », « Hachem vit », « Hachem sut ».
Pourquoi utiliser autant de synonymes pour dire qu’Il a entendu leur prière ?
Il explique que bien que le temps décrété pour l’exil fût terminé (les 400 ans depuis la naissance d’Istrak), les enfants d’Israël ne méritaient pas encore d’être délivrés. C’est uniquement grâce à leur cri que Hachem, dans Sa miséricorde, a accepté leurs prières et a accompli des miracles.
Parfois, le temps de la délivrance, qu’elle soit personnelle ou collective, est arrivé, mais qu’est-ce qui la bloque ? Le manque de cris. Nous ne crions pas assez vers le Créateur car nous nous habituons à ce que nous vivons aujourd’hui.
Rabbénou Bahya écrit que les enfants d’Israël gémirent à cause du travail. Hachem n’envoie pas ces épreuves pour le plaisir de nous faire souffrir, mais parce qu’Il veut que nous criions enfin vers Lui : « Assez ! Nous voulons la délivrance ! ».
La prière d’un homme n’est jamais aussi complète et acceptée que lorsqu’elle est faite au cœur de la détresse et de l’oppression.
Le Or HaHayim demande : Pourquoi Hachem dit-il à Moché : « Et maintenant, voici que le cri des enfants d’Israël est venu jusqu’à moi » ?
Hachem ne le savait-il pas déjà ?
Il explique qu’au moment même où Hachem parlait à Moché, le peuple a poussé un cri supplémentaire. Chaque cri qui sort du cœur monte directement devant Hachem. Il attend que nous commencions à crier vers Lui au lieu de chercher des solutions humaines futiles qui ne servent à rien.
Le Sforno explique le verset « Et Dieu sut » : Il a su que leur prière venait du plus profond de leur cœur.
Qu’est-ce qui est le plus grand : la prière avec des mots, ou le cri du cœur silencieux ?
Le Zohar dit que le cri du cœur dans le silence, quand le cœur hurle vers Hachem, est plus grand que toutes les prières. Même les anges ne peuvent pas s’y opposer.
Le Maor VaShemesh explique que lorsqu’un cri sort du plus profond de son cœur, avec toute sa concentration, sans même prononcer de mots, ce cri qui sort du cœur est au-dessus de tout.
Parfois, une personne est dans une situation où elle n’a même plus la force de parler à Hachem. Elle se tient devant Lui, elle Le regarde, et elle hurle intérieurement. À cause de sa brisure, même le son de sa voix ne sort pas. Les accusateurs ne comprennent pas ce cri ; seul Hachem, se tourne vers ce cri du cœur et y répond.
La délivrance finale sera exactement comme celle d’Égypte, de même qu’en Égypte ils ont été sauvés par le cri, la dernière délivrance ne viendra que lorsque nous crierons vers Hachem. C’est la clé de la délivrance collective, mais aussi de notre délivrance personnelle.
On pense parfois que si l’on est brisé, c’est parce que Hachem ne veut plus de nous. C’est faux. On est brisé pour être réparé et aidé. Mais comme il y a beaucoup d’accusateurs célestes, Hachem permet que l’homme soit brisé au point de ne plus pouvoir « prier » normalement, afin qu’il pousse ce cri du cœur que seul Hachem entend.
À ce moment-là, sans aucune opposition des anges, Hachem aide immédiatement l’homme. Nous passons à côté d’une arme atomique que nous avons entre les mains : le cri.
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« Maintenant tu verras ce que Je ferai à Pharaon, car par une main forte il les renverra, et par une main forte il les chassera de son pays. » (Béréchit 6 ; 1)
Le Chem Michmouel se demande comment comprendre le terme « Maintenant » ?
Que s’est-il passé de différent pour que la Délivrance puisse être déclenchée ?
Certes le peuple d’Israël souffrait terriblement en Égypte, mais il pouvait toujours exister dans le Ciel, des anges accusateurs qui empêcheraient la délivrance.
En fait, quand Moché s’est rendu chez Pharaon pour lui ordonner, au Nom d’Hachem, de libérer le peuple juif, Pharaon a répondu : « Qui est Hachem pour que j’écoute Sa voix ? »
Ainsi, désormais, l’exil constituait une profanation du Nom d’Hachem. Et en tant que tel, plus aucun ange ne pouvait émettre des accusations pour empêcher la délivrance, l’honneur d’Hachem était entaché.
C’est pourquoi le Passouk précise : « Maintenant », à présent que l’exil devient aussi une atteinte à l’honneur d’Hachem, suite aux propos de Pharaon, le verset continue : « tu verras ce que Je ferai à Pharaon ». Et il ne pourra plus y avoir d’empêchements.
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