« Et voici les lois que tu placeras devant eux : lorsque tu achèteras un esclave hébreu… » (Chémot 21 ; 1-2)
La Guémara, dans le traité Kidouchine (20), explique que tu ne peux pas manger du pain fin pendant que ton esclave mange du pain grossier, ni boire du bon vin pendant qu’il boit du vin inférieur. Si ton matelas est le meilleur, c’est celui-là que tu lui donneras.
De là, nos sages ont dit : « Celui qui achète un esclave s’achète un maître pour lui-même. »
Qui est l’esclave Juif en général ? Souvent, c’est un délinquant qui a volé et ne peut pas rembourser.
Tu as acheté un délinquant ? Non, tu as acheté un maître.
Pourquoi la Paracha Michpatim commence-t-elle par la mitsva de l’esclave hébreu, qui n’existe presque plus aujourd’hui ?
Parce que, disent nos maîtres, cette mitsva est le fondement de toute la Torah.
Le Rambam tranche (lois des esclaves 1,9) :
Le maître est tenu d’égaliser son esclave dans la nourriture, la boisson, le vêtement et le logement. Ce que tu manges, il le mange. Si tu manges du poisson de qualité, il mangera la même chose.
Et le maître doit se comporter avec fraternité envers lui, comme avec un ami, même si l’esclave doit, lui, se comporter avec servitude.
Et même pour l’esclave non-Juif, l’esclave cananéen, le Rambam écrit (9,8) que la voie de la sagesse exige miséricorde et justice : ne pas l’écraser, ne pas l’humilier, le nourrir et l’abreuver correctement.
Les sages donnaient à leurs esclaves de chaque plat qu’ils mangeaient, et faisaient même passer la nourriture des esclaves et des animaux avant la leur.
On ne doit pas l’humilier ni par les actes ni par les paroles, car il a été livré pour la servitude, pas pour la honte. Parle-lui avec douceur, écoute ses arguments, même s’il s’agit d’un esclave non-juif.
Le Rambam conclut : c’est cela la voie d’Avraham et d’Israël : ressembler aux attributs de Hachem, miséricorde, bonté, douceur.
Et si la Torah exige cela envers un esclave, combien plus devons-nous agir ainsi à la maison.
Réfléchissons un instant, la Torah parle ici d’un esclave, parfois d’un Juif délinquant, parfois d’un non-juif.
Quelqu’un qui, juridiquement, ne se tient pas face à toi comme un égal.
Et malgré cela, la Torah te dit : ne l’humilie pas, ne le rabaisse pas, ne crie pas, ne parle pas durement, partage avec lui ta nourriture, donne-lui le meilleur lit, parle-lui avec douceur, écoute ses arguments.
La Torah va jusqu’à dire que si tu achètes un esclave, tu t’achètes un maître.
Pourquoi ? Parce que la Torah n’est pas venue te donner du pouvoir, elle est venue t’enseigner comment te comporter quand tu as du pouvoir.
Maintenant regardons la maison.
À la maison, il n’y a pas d’esclave. Il y a un mari, il y a une épouse, il y a des enfants, il y a parfois quelqu’un de plus faible, de plus dépendant, de plus sensible.
Et souvent, justement parce que c’est la maison, on se permet ce qu’on ne se permettrait jamais ailleurs.
On ne crierait jamais ainsi sur un employé. On ne parlerait jamais de cette façon à un inconnu. On ne se permettrait jamais ce ton au Beth HaMidrash.
Mais à la maison ? On lève la voix. On parle sèchement. On humilie par une remarque. On répond sans écouter. On impose sans expliquer.
La Torah vient et te dit : si envers un esclave, quelqu’un qui n’est pas ton égal, je t’exige une telle douceur, une telle égalité, une telle attention, alors envers ceux qui te sont les plus proches, envers ceux qui dépendent de toi émotionnellement, envers ceux qui t’aiment et te supportent, combien plus !
La maison est le premier Beth Hamidrach. C’est là que se révèle si la Torah est seulement étudiée, ou réellement vécue. Être miséricordieux à l’extérieur et dur à l’intérieur, ce n’est pas de la piété, c’est une contradiction.
Le Rambam dit que la voie des sages est la douceur, la retenue, la capacité de parler calmement même quand on a raison.
Pas parce que l’autre a raison, mais parce que toi, tu veux ressembler à Hachem.
Hachem agit avec nous avec patience, alors même que nous Lui devons tout. Il nous nourrit, Il nous supporte, Il nous laisse de l’espace pour grandir.
Et nous, à la maison, sommes-nous patients ? Sommes-nous attentifs ? Savons-nous écouter avant de répondre ? Savons-nous parler sans blesser ?
La Torah nous a été donnée pour raffiner nos traits de caractère là où personne ne regarde, là où il n’y a ni applaudissements ni honneur.
Si la Torah exige de la douceur envers un esclave, elle exige de nous, à la maison, encore plus de respect, encore plus de retenue, encore plus de bonté.
Parce que c’est là que l’homme est vraiment jugé !
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