« Parle aux Béné Israël : qu’ils prennent pour Moi un prélèvement de tout homme que son cœur rendra généreux » (Chémot 25 ; 2)
Logiquement, il aurait dû être écrit : « qu’ils donnent un prélèvement », puisque les Bné Israël donnèrent de leurs propres biens afin de construire le Michkan.
Rav Israël de Tchorkov explique que l’un des fondements de la Émouna consiste à savoir que l’homme ne possède rien de lui-même, toute sa richesse et ses possessions ne proviennent pas de « la force de son poignet », mais tout, absolument tout, est un don de Hachem, qui nourrit et subvient aux besoins de tous.
C’est Lui qui lui donne la force de réussir dans ses entreprises et bénit l’œuvre de ses mains. Et même s’il reçoit de l’argent et des biens, ceux-ci ne sont pas à lui mais constituent un dépôt dont il est le gardien.
C’est précisément sur cette base que la mitsva de Tsédaka doit s’accomplir, celui qui donne doit être convaincu et pleinement conscient qu’il ne donne pas de ce qui est à lui, mais donne à celui que le Propriétaire véritable a désigné comme receveur et remet un bien qui a été déposé chez lui et dont il est le gardien.
C’est le sens de la Michna des Pirké Avot (3,7) : Rabbi Eliézer Ich Bartota enseigne : « Donne-Lui ce qui est à Lui, car toi et tout ce que tu possèdes sont à Lui ». Comme il est dit : « C’est de Toi que tout provient et c’est de ce qui est à Toi qu’on te donne. » (Chroniques 1 29, 14)
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« (Prends) des peaux de Ta’hach… » (Chémot 25 ; 5)
Dans les peaux qu’on utilise pour la construction du Mishkan il y a la peau du Ta’hach.
Rachi explique qu’il s’agit d’une sorte de bête qui n’a existé qu’à ce moment. Elle avait plusieurs couleurs, c’est pourquoi on traduit multicolore. Mais cela peut également signifier « qui se réjouit et se glorifie à cause de ses couleurs ». (Guémara Chabbat 28)
Le Divré Israël explique que la diversité de couleurs du Ta’hach est à mettre en rapport avec la variété des situations dans lesquelles le Créateur place chaque personne et la joie qui doit animer celle-ci en toute circonstance. Comme le Ta’hach qui se réjouissait de la variété de ses couleurs.
C’est, poursuit-il, le sens allusif profond du commentaire de Rachi, « le Ta’hach n’exista qu’à cette époque », c’est-à-dire que la diversité symbolisée par le Ta’hach n’exista que pour suggérer au Juif d’accepter avec amour et joie « cette époque », c’est-à-dire le moment qu’il est en train de vivre, dans toutes les situations dans lesquelles Hachem le place.
C’est également le sens de la Michna dans Pirké Avot (4, 1) : « Ézéou Ashir ? Hasaméah Béhelko » (Quel est le riche ? Celui qui est content de son sort)
« Son sort », le sort que Hachem lui réserve, bon ou mauvais, beaucoup ou peu, il prend tout du bon côté avec amour.
Le Iguérète HaTioul (Iguérète 70) y voit une allusion dans le terme-même employé dans la Michna : ‘Helko (son sort)
En hébreu, le mot ‘Helko est formé des lettres : Hèt, Lamed, Kouf et Vav.
- Le Hèt est l’initiale du mot Ham, chaud.
- Le Lamed est l’initiale du mot La’h, humide.
- Le Kouf est l’initiale du mot Kar, froid.
- Le Vav est l’initiale du mot Véyavèsh, et sec.
Afin de suggérer que le « riche » est celui qui accepte toutes ces conditions avec amour et est heureux de la variété des circonstances dans lesquelles Hachem le place, « chaud ou froid, humide ou sec ».
Il est parfaitement convaincu que cette diversité provient d’Hachem et lui procure le plus grand et le plus complet des bienfaits.
Un tel homme ne cherchera jamais à vouloir accélérer le processus en se disant : « Quand viendra enfin le moment où cette conduite d’Hachem envers moi laissera place à une heure plus propice et à une autre conduite envers moi ? » Mais, à chaque instant, il sera content et heureux de la manière dont Hachem le dirige.
Grâce à cela, nous pourrons mieux augmenter notre joie pendant ce mois de Adar.
Car il est un grand principe : la tristesse trouve son origine dans un manque de Émouna. Lorsqu’une personne n’est pas pleinement consciente que Hachem dirige sa vie et que tout ce qui se passe est pour le bien, elle n’est pas contente et ne se suffit pas de ce qu’elle a.
Il n’y a pas de plus grande joie que celle de celui qui place sa confiance en Hachem.
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« Et voici le prélèvement que vous prendrez … et des bois de Chittim. » (Chémot 25 ; 5)
La Parachat Térouma nous parle de l’édification du Michkan (le Tabernacle) et la fabrication de ses ustensiles.
Une grande partie des matériaux bruts utilisés pour construire le Michkan sont des bois de Chittim.
Les Béné Israël ont quitté l’Égypte et sont à présent dans le désert du Sinaï. Comment trouver ces bois sur le chemin de l’Égypte vers la Terre d’Israël ?
Rachi nous rapporte le Midrash Tan’houma qui dit que Yaacov a vu par prophétie qu’Israël était appelé à édifier le Mishkan dans le désert. Il amena donc des plans de cèdre en Égypte, les planta à et ordonna à ses fils de les emporter avec eux quand ils sortiraient d’Égypte.
Les Béné Israël ont donc quitté l’Égypte en transportant ces énormes poutres de bois déjà taillées et prêtes, ce qui démontre une foi et une planification sur plusieurs siècles.
Yaacov était « l’ancien » de sa génération. Il est le sage, l’érudit âgé qui donne la direction à toute la nation. À chaque génération, nous avons des Sages de la Torah, des anciens, qui tracent la voie pour tout Israël. Mais il y a aussi de jeunes érudits.
L’image de Yaacov transportant des plans de cèdre en Égypte alors qu’il descend en exil pouvait sembler totalement « hors sujet » pour ses contemporains. Et peut-être même que certains jeunes se sont interrogés. Pourtant, des siècles plus tard, ce geste a permis la construction du Mishkan.
Et nous voyons effectivement tout au long de l’histoire que ce point de vue est celui qui guide le peuple d’Israël. De là l’importance de suivre la vision à long terme des sages expérimentés.
Le Hah’ham (le sage) est appelé un « ancien » (Zaken). En hébreu, ce mot est l’acronyme de Zé ShéKana Ho’hma (celui qui a acquis la sagesse).
Le commun des mortels réagit aux événements présents. Le Sage, lui, voit plus loin. En effet, planter un arbre pour un sanctuaire qui sera construit dans 210 ans paraît illogique à l’échelle d’une vie humaine, mais pas à l’échelle d’une nation.
La Torah n’est pas qu’un livre de lois, c’est un mode de vie. Les Sages ne s’appuient pas seulement sur leur intellect, mais sur une chaîne de transmission et une intuition raffinée par des décennies d’étude et de pratique.
Si un chirurgien expert vous demande de suivre un protocole qui vous semble étrange, vous le suivez parce que vous reconnaissez sa compétence supérieure dans ce domaine. Suivre un Sage, c’est reconnaître que sa « proximité » avec le texte divin lui donne une acuité que nous n’avons pas encore.
Suivre un avis que l’on ne comprend pas est un exercice d’humilité. Et si nous ne suivons les Sages que lorsqu’ils sont d’accord avec notre propre logique, alors en réalité, c’est nous-mêmes que nous suivons, et non la Torah. Accepter une directive qui nous dépasse permet de sortir de son propre prisme limité pour s’attacher à quelque chose de plus grand.
Il ne s’agit pas d’une « obéissance aveugle » qui interdirait de poser des questions. Au contraire, la Torah encourage l’étude et le questionnement. Mais l’attitude fondamentale est : « Je ne comprends pas encore, mais je fais confiance à la source. »
C’est le fameux Naassé VéNishma (« Nous ferons et nous comprendrons ») prononcé au mont Sinaï.
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« Tu feras deux chérubins d’or, d’une seule pièce tu les feras aux deux extrémités du couvercle. » (Chémot 25 ; 18)
Hachem ordonna à Moché de placer deux chérubins au sommet de l’Arche sainte, un à chaque extrémité.
Rachi explique que ces chérubins avaient des visages d’enfants.
Cependant, dans la Parachat Béréchit, après qu’Adam et Hava eurent péché en mangeant le fruit défendu, Hachem les chassa du Jardin d’Éden.
Pour s’assurer qu’ils ne tenteraient pas d’y retourner, Hachem plaça des chérubins brandissant des épées flamboyantes à la porte (Genèse 3 ; 24).
Or, là-bas Rachi écrit que ces chérubins étaient des anges de destruction. Dès lors, comment peut-il affirmer que les chérubins de la Parachat Térouma ressemblaient à des enfants, considérés comme des modèles d’innocence et de pureté ?
Rav Moshé Mordechai Epstein pour concilier les commentaires apparemment contradictoires de Rachi explique que dans notre Parachat Térouma les chérubins du Michkan étaient placés au-dessus de l’Arche sainte qui contenait les Lou’hot (Tables de la loi).
Les chérubins placés sur le couvercle du Aron étaient donc en constant contact avec la Torah (les Tables de la loi) ainsi ils conservaient leur image de chérubins purs.
Mais à l’entrée du Gan Eden, il n’y avait pas de Table de la loi, ils étaient alors des anges de destruction car lorsque nous séparons les enfants de la Torah, ils deviennent des forces de dévastation brandissant l’épée, comme tout parent peut en témoigner.
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« Les chérubins seront déployant les ailes vers le haut … et leur face tournée l’un vers l’autre » (Chémot 25 ; 20)
La Guémara Baba Batra (99a) dit que lorsque Israël accomplissait la volonté d’Hachem, les visages des chérubins étaient tournés l’un vers l’autre.
Dans le cas contraire, ils se tournaient chacun vers les murs du Sanctuaire (ils étaient alors dos à dos).
Le Beit Israël voit en cela une allusion : Lorsqu’un juif est tourné vers autrui et cherche à lui faire du bien, il accomplit alors la volonté d’Hachem.
L’allusion va plus loin, même celui qui est pur de toute faute comme un nouveau-né (évoqué par les chérubins), et qui « Étend ses ailes vers le haut » symbolisant ainsi qu’il est spirituellement élevé, n’est pas encore considéré pour autant comme accomplissant la volonté d’Hachem tant qu’il ne se tourne pas vers autrui afin de lui venir en aide, en parole ou en acte, en renonçant parfois à son propre droit et en étant disposé à lui rendre le bien pour le mal.
En revanche, si « Il tourne sa face vers le mur » en ignorant son prochain et ses besoins, il pourrait avoir « Les ailes dirigées vers le haut » et se conduire avec piété dans ses devoirs envers Hachem, il n’en demeurerait pas moins comme n’accomplissant pas la volonté divine.
Car le fondement de tout est de veiller à ses devoirs envers autrui.
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